Programme « Scarlatti – Boccherini »


« Domenico Scarlatti & Luigi Boccherini, conversations intimes »

Bertrand Cuiller : clavecin & Bruno Cocset : violoncelle
avec la participation de
Emmanuel Jacques : violoncelle continuo
ou, Richard Myron : contrebasse
Dans une forme élargie, ce projet pourra voir se joindre
Maude Gratton : pianoforte

S’appuyant sur leurs discographies respectives (ici principalement chez Alpha*) et une complicité musicale de plus de 10 années, Bruno Cocset et Bertrand Cuiller explorent et font partager la musique géniale de deux expatriés italiens à la cour  d’Espagne : Domenico Scarlatti, né à Naples en 1685, qui y réside de 1733 jusqu’à sa mort en 1757, enseignant le clavecin à la Princesse Marie Barbara qui deviendra reine d’Espagne, et, Luigi Boccherini (1743 – 1805), originaire de Lucques en Toscane, qui lui y séjournera de 1768 à 1785 au service de la famille royale, notamment du Prince des Asturies et de l’Infant.

Domenico Scarlatti
Luigi Boccherini

Cette mise en miroir de deux musiciens qui vont se succéder en Espagne peut surprendre. Pourtant ils ont en commun une originalité qui les rend difficiles à classer…et à parfois même à dater. Inventivité, recherche de couleurs harmoniques singulières associé à une rythmique débridé et parfois fantasque : tout ce qui participe à l’avant-gardisme de Scarlatti s’accorde bien avec la musique de Boccherini qui met la virtuosité au service d’un discours plus intimiste et riche de touches subtiles qu’il n’y parait. Tous deux sont autant dans l’exploration sonore qu’instrumentale et ont en commun une production dédiée à leur instrument importante (555 sonates pour le clavecin concernant Scarlatti, au moins 25 sonates, 12 concertos et 110 quintettes à deux violoncelles pour Boccherini). Leurs musiques ont chacune une identité forte, reconnaissable entre toutes dans l’abondance de la production musicale du 18ème siècle. Par leur exil, ou plutôt le choix de l’expatriation (une tradition chez les italiens depuis la Renaissance) ils vont essaimer à travers l’Europe tout en se nourrissant des influences artistiques de leur pays d’accueil, participant ainsi au cheminement et à l’essor musical du siècle des lumières…

Pour ponctuer cette conversation intime « à distance » des deux musiciens madrilènes (ici distance dans le temps), des caprices pour violoncelle seul de Joseph Marie Clément Dall’Abaco seront joués. Originaire d’une famille de musiciens de Vérone et né aux Pays-Bas lors de l’exil de son père Evaristo, Joseph Dall’Abaco servira la cour de Bonn au cours d’une longue vie (1710 – 1805). Ses 11 Capricci découverts depuis peu sont singuliers, d’une écriture parfois énigmatique. La seule copie du manuscrit ne permet d’ailleurs pas la datation d’une musique au caractère intemporel. En effet d’un caprice à l’autre, l’écoute nous fait voyager dans le temps sans jamais vouloir se « poser ». Une belle et subtile passerelle entre Scarlatti et Boccherini…

Comme en témoigne leurs biographies et leurs enregistrements, Bertrand Cuiller et Bruno Cocset s’inscrivent dans la tradition des interprètes « historiquement informés ». Comme à l’accoutumé, le choix des instruments des deux musiciens sera opéré avec attention : un violoncelle de Charles Riché fabriqué en 2006 pour le premier disque Boccherini, un clavecin italien de Philippe Humeau, deux instruments qui ont déjà conquis les auditeurs durant leurs concerts ou à l’écoute de leurs CDs.